décembre 8, 2007...11:44

La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit.

Extrait du pdf La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit, par l’INPES

La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit

Etat des lieux de la contraception

Le contrôle des naissances est une question de santé publique de vaste ampleur puisqu’il concerne potentiellement, à un moment ou l’autre de la vie, l’ensemble de la population française. Si on prend en compte la population âgée de 18 à 45 ans, la contraception concerne en France approximativement 32 millions de femmes et d’hommes.

  • Une large diffusion de la contraception en 40 ans :

Les méthodes contraceptives ont connu une large diffusion depuis le vote, en 1967 (1), de la Loi Neuwirth, il y a exactement 40 ans. Depuis cette date, la France est devenue un des pays où le taux de contraception, notamment en ce qui concerne les méthodes nécessitant une prescription médicale, est le plus élevé au monde. Seules moins de 5 % des femmes concernées par la contraception n’utilisent aucune méthode contraceptive. D’après les données du Baromètre santé de l’INPES publié en 2005, les méthodes employées sont, par ordre décroissant, la pilule (60,2,4 %), le dispositif intra utérin (20,6 %), le préservatif (10,9 %).. Les méthodes locales sont utilisées par 2,2 % des femmes.. Si en 40 ans les méthodes contraceptives ont connu une large diffusion dans la population, elles ont également connu une médicalisation importante. Une « norme médicale contraceptive » s’est peu à peu imposée. Il semble que les médecins privilégient la prescription des méthodes qu’ils jugent très efficaces alors que ces méthodes peuvent ne pas être adaptées aux attentes et au mode de vie des femmes et des couples. En conséquence elles sont moins bien utilisées et donc moins efficaces. Du fait de l’existence de cette « norme », d’autres méthodes ont été insuffisamment proposées aux femmes et aux couples. Le cas du dispositif intra utérin (stérilet) est particulièrement significatif : Son usage était « réservé » aux femmes plus âgées, ayant eu le nombre d’enfants qu’elles désirent, plutôt comme une « dernière » contraception. Ceci en a longtemps fait une particularité française. La Haute autorité de santé, dans la « stratégie de choix des méthodes contraceptives chez la femme » souligne qu’il s’agit d’une méthode pouvant être proposée aux femmes sans enfant.

  • Un paysage contraceptif fortement médicalisé mais des échecs de contraception fréquents

L’étude COCON (2) a permis d’estimer que, pour un tiers des femmes, la dernière grossesse, intervenue dans les cinq dernières années, n’était pas souhaitée. Parmi ces femmes qui n’ont pas choisi leur dernière grossesse, un tiers n’utilisait pas de contraception. Mais, phénomène préoccupant, près de deux grossesses non prévues sur trois surviennent chez des femmes qui déclarent utiliser un moyen contraceptif au moment de la survenue de la grossesse.
La moitié de ces grossesses non souhaitées se termine par une IVG. Les chercheurs qualifient de paradoxale cette situation qui associe à une large diffusion des méthodes contraceptives, une stabilité du nombre des interruptions volontaires de grossesse.
L’analyse des données traduit les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes dans la gestion, quotidienne et à long terme, d’une contraception très médicalisée. Elles attribuent les « échecs » du moyen contraceptif qu’elles utilisent au fait qu’elles n’ont pu choisir la méthode qui leur a été prescrite, et que celle-ci ne leur convient pas. Elles évoquent également une utilisation incorrecte de la méthode ou la survenue d’une difficulté lors de son utilisation : oubli de pilule, mauvaise utilisation ou rupture de préservatif, échec des méthodes naturelles. Elles sont également démunies lorsqu’un accident de méthode survient, car étant insuffisamment informées, elles n’adoptent pas la conduite à tenir adéquate pour éviter la survenue d’une grossesse.
Par ailleurs, pour certains experts (Nathalie Bajos, Unité INSERM-INED, U 569), il existe également une “norme sociale du bon moment pour être mère” et cette norme s’est renforcée. En effet, l’âge moyen des femmes au moment de la naissance de leur enfant ne cesse de reculer : il atteint presque 30 ans en 2006.(3) Le « bon moment pour être mère » nécessite d’avoir une relation stable, un logement, une situation professionnelle pour soi et son conjoint, or les études sont de plus en plus longues. Ces raisons expliquent en partie que les femmes recourent plus fréquemment et plus facilement à une IVG en cas de grossesse non désirée qu’avant, notamment chez les plus jeunes.

Contraception et politique de santé

  • Une adaptation constante des dispositifs législatifs

La loi du 28 décembre 1967, présentée par le médecin et député Lucien Neuwirth, constitue l’acte fondateur de la libéralisation de la contraception en France. Depuis cette date, le cadre
législatif a été assoupli à plusieurs reprises afin de prendre en compte les évolutions de la société française. La dernière modification législative dans ce domaine concerne la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique. Parmi les 100 objectifs de santé publique elle a retenu l’objectif n° 97 « Assurer l’accès à une contraception adaptée, à la contraception d’urgence et à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans de bonnes conditions pour toutes les femmes qui décident d’y avoir recours »). La loi autorise également les sages-
femmes à prescrire une contraception hormonale dans les suites d’une naissance et dans celles d’une interruption volontaire de grossesse.

  • Des recommandations pour faire évoluer la pratique des prescripteurs

Dès 2004, la Direction générale de la santé a demandé à la Haute Autorité de Santé (HAS) d’émettre une recommandation de pratique clinique en matière de contraception. Le document intitulé « Stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme (4)». Destiné aux professionnels de santé, ce document établit notamment un état des connaissances sur les méthodes contraceptives actuellement disponibles. La recommandation s’appuie sur l’idée centrale que pour être bien acceptée et bien utilisée, une méthode contraceptive doit être adaptée à la vie affective et sexuelle de chaque femme. Elle présente des arguments en faveur de l’aide au choix par la femme de sa méthode contraceptive, et
préconise d’y associer le couple. Elle propose enfin des modèles d’accompagnement permettant au médecin d’amener la femme et le couple à choisir leur contraception. Sur la base de l’état des lieux et des recommandations disponibles, la Direction générale de la santé a élaboré une stratégie d’actions en matière de contraception (5), qui repose sur quatreaxes.
Le premier axe vise à améliorer l’information du grand public et de publics cibles -adolescents, notamment sortis du milieu scolaire, population des DOM -, ainsi que professionnels de santé. La campagne « la meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit » s’inscrit dans ce cadre. En outre, des messages d’information sur les méthodes contraceptives ont été intégrés dans le nouveau carnet de santé de la maternité ainsi que dans le dossier guide IVG remis à chaque femme qui demande une IVG. En effet ces deux situations constituent des périodes de vulnérabilité pour les femmes.

Le second axe vise à agir sur la pratique des professionnels de santé, tout particulièrement les médecins, généralistes et gynécologues, les sages femmes, les pédiatres mais aussi, les pharmaciens et les infirmières scolaires. Des outils sont mis à leur disposition pour les aider à accompagner les femmes et les couples dans leur demande de contraception. C’est le cas des recommandations de pratique clinique intitulées « Stratégies de choix des méthodes contraceptives », des documents de l’INPES (Repères pour votre pratique) et de la création d’une rubrique spécifique sur le site Internet de la campagne. L’amélioration de l’accès à la contraception, notamment pour les mineur(e)s dans les centres de planification ou d’éducation familiale entre dans le troisième axe de cette stratégie qui invite les professionnels de santé à prendre en compte la situation socio-économique de leurs patientes lors de la prescription d’une méthode contraceptive. Le dernier axe concerne l’amélioration des connaissances en matière d’utilisation des moyens contraceptifs. Une enquête a été menée par la DREES au printemps dernier. Les premiers résultats sont attendus à la fin du premier trimestre 2008. Ils devraient apporter des informations sur la situation contraceptive de femmes ayant recours à une interruption volontaire de grossesse. Enfin une seconde étude sera lancée prochainement (6) dans 4 pays européens afin comparer les politiques menées en matière de contraception: Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni et Espagne.

Contraception : ce que savent les Français ?

Connaissances et opinions sur les moyens de contraception : état des lieux L’INPES a élaboré et mis en place depuis janvier 2007 un programme d’études et de communication sur la sexualité et la contraception mettant en exergue plusieurs points.

  • A. Les usages de la contraception en France

D’après le Baromètre santé 2005 (7) (8)

71 % des personnes âgées de 15 à 54 ans, ayant eu une activité sexuelle dans les douze derniers mois, déclarent faire quelque chose pour éviter une grossesse (chiffre stable par rapport à 1999). L’âge moyen du premier rapport sexuel est d’environ 17,5 ans. S’il est resté stable au cours de la dernière décennie, l’âge moyen des mères à la naissance de leur premier enfant est cependant en constante augmentation. Il est passé de 26,5 ans en 1977 à près de 30 ans en 2004. La période entre le premier rapport sexuel et la première maternité s’est donc allongée, celle-ci survenant 9,5 ans en moyenne après le premier rapport. D’où la nécessité pour les couples de maintenir une contraception efficace avant le premier enfant plus longue qu’auparavant.

1. Une très grande majorité de Français utilise un moyen de contraception.

1.1 En 2005, 3/4 des personnes âgées de 15 à 54 ans et sexuellement actives, utilisaient un moyen de contraception.

Les méthodes contraceptives médicales sont les plus répandues et parmi elles la pilule.
Le stérilet est le second moyen de contraception le plus utilisé en France.

1.2 Une utilisation mineure des méthodes non médicales…qui dépend de la situation affective et sociale des femmes…

14 % des femmes utilisent une méthode de contraception liée à l’acte sexuel, qu’il s’agisse du préservatif (80 %), d’une méthode locale ou naturelle.
L’emploi du préservatif est maximum entre 15 et 19 ans. Les méthodes naturelles de contraception ont sensiblement diminué au fil des ans, et ne sont pratiquées que par 2,8 % des femmes en 2005.

1.3 Une utilisation plus systématique de la contraception lors du premier rapport sexuel

Seuls 8,9 % des femmes, qui ont eu leur premier rapport au cours des cinq dernières années, n’ont pas utilisé de moyen de contraception lors de ce premier rapport.

2. Et pourtant le taux de recours à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) est élevé

2.1 Un paradoxe français…

La France se trouve dans une situation paradoxale où d’une part le taux de recours et de diffusion de la contraception est l’un des plus élevés d’Europe et où, d’autre part, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse se stabilise à un niveau élevé (un peu plus de 200 000 IVG par an) et tend même à augmenter dans certaines tranches d’âge.

2.2 … qui s’explique en partie par une difficulté à gérer sa contraception au quotidien…

L’absence d’utilisation d’une contraception est à l’origine d’un nombre important d’IVG en France (28 % des femmes ayant eu recours à l’IVG en 2004 n’utilisaient pas de moyen de contraception (9) ).
Un nombre important d’IVG est dû à des difficultés de gestion quotidienne de la pratique contraceptive.

2.3 … et par un recours à la contraception d’urgence encore inégal

L’usage de la contraception d’urgence augmente régulièrement (10): en 2005, plus d’une femme sur sept (13,7 %) a eu recours à la contraception d’urgence au cours de sa vie (contre 8,4 % en 2000). En revanche le niveau de connaissance sur la contraception d’urgence est assez hétérogène : il est nettement plus élevé dans les classes d’âge les plus jeunes, en milieu scolaire que chez les femmes en situation financière difficile, sans travail et/ou avec un niveau d’étude bas.

  • B. Plusieurs freins à une bonne utilisation de la contraception

1. Des Français satisfaits de leur contraception et qui s’estiment bien informés…

D’après les résultats de l’étude INPES « Les Français et la contraception » (11), la quasi-totalité des utilisateurs d’un moyen de contraception se déclarent satisfaits (95 %) et même très satisfaits (79 %) du moyen qu’ils utilisent. Les Français sont également nombreux à connaître une diversité de méthodes contraceptives. Sans surprise, la pilule et le préservatif masculin sont connus par plus de 97 % des Français, et le stérilet par 93 %. Presque les trois quarts des personnes interrogées connaissent également le préservatif féminin et le diaphragme. La plupart des autres moyens sont connus par environ un Français sur deux : spermicides 52 %, patch 48 %, implant 44 %, et anneau vaginal 44 %.

2. … pourtant les représentations erronées sur la contraception persistent…

Des idées reçues largement répandues

Parmi celles-ci :

- Près d’un quart (22 %) des Français et 34 % des jeunes de 15-20 ans interviewés pensent que la pilule peut rendre stérile (22 %) et fait systématiquement grossir (24 %),
- 50 % des Français croient que l’on ne peut pas utiliser de stérilet si on n’a pas eu d’enfant.

3. …de nombreuses lacunes concernant le cycle féminin et l’utilisation des méthodes contraceptives

- 53 % des Français croient qu’une femme ne peut pas tomber enceinte si un rapport sexuel a eu lieu pendant ses règles et 64 % qu’il existe des jours sans aucun risque de grossesse simplement identifiables en surveillant son cycle.

- Parmi les Français qui connaissent les nouvelles méthodes, un sur deux ne connaît pas la durée d’effet du patch contraceptif (qui est d’une semaine), ni de l’anneau vaginal (un mois) tandis que près de six Français sur dix (59 %) ne savent pas quelle est la durée d’efficacité de l’implant contraceptif (trois ans).

- Un jeune sur dix âgé de 15 à 20 ans, n’a pas conscience que la pilule ne protège pas du VIH et des infections sexuellement transmissibles.

- Plus du tiers (35 %) des personnes déclarant connaître la contraception d’urgence (pilule du lendemain) pense qu’elle ne concerne que les jeunes femmes de moins de 25 ans et seuls 5 % des Français (et 15 % des 15-20 ans) connaissant la contraception d’urgence savent qu’il est possible de l’utiliser jusqu’à 72h après un rapport non protégé.

NOTES

1 Loi n° 74-1026 du 4 décembre 1967
2 Etude COCON, Unité INSERM-INED, U 569, 2000.
3 Données INSEE 2006
4 www.has-sante.fr , toutes nos publications, thèmes gynécologie-obstétrique, décembre 2004.
5 www.sante.gouv.fr , accès Thèmes, cliquer sur lettre C (contraception) ou I (IVG)
6 Enquête menée par la DREES
7 Lydié N, Léon C. Contraception, pilule du lendemain et interruption volontaire de grossesse. In Guilbert. P ; Gautier. A. Baromètre santé 2005. Premiers résultats : p 103-108.
8 Moreau C, Lydie N, Warszawski J, Bajos N. Activité sexuelle, infections sexuellement transmissibles, contraception. Baromètre santé 2005. Attitudes et comportements de santé à paraître.
9 Bajos N., Moreau C., Léridon H. et Ferrand M. Pourquoi le nombre d’avortements n’a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? , Population et Sociétés 2004 : 407.
10 Lydié N, Léon C. Contraception, pilule du lendemain et interruption volontaire de grossesse. In Guilbert. P ; Gautier. A. Baromètre santé 2005. Premiers résultats : p 103-108.
11 Enquête téléphonique auprès d’un échantillon national représentatif de la population française âgée de 15 à 75 ans, de 2004 personnes interrogées du 27 janvier au 7 février 2007 (échantillon construit selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, CSP du chef de famille après stratification par région et catégorie d’agglomération).

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