septembre 17, 2007...10:46

Contraception : l’ignorance criminelle des médecins.

par Martin Winckler

…la grande majorité des praticiens français ne savent pratiquement rien – ou nourrissent des idées fausses – sur la contraception. Cette affirmation n’est pas gratuite. Alors que 7 consultations médicales sur 10 concernent des femmes, une enquête du Conseil national de l’Ordre des Médecins révélait, en 2000, que 10% des généralistes seulement « envisageaient » de se former à la gynécologie courante. Comment mieux dire la méconnaissance notoire de la profession médicale en ce domaine ?

Conscients de ces lacunes, les médecins généralistes se regroupent pour organiser des séminaires de formation, mais souvent les spécialistes sollicités comme experts leur rient au nez. De leur côté, de nombreuses lectrices m’écrivent que maints gynécologues refusent de prescrire autre chose que les pilules à la mode (comme en témoignent les succès de Diane 35 ou de Jasmine, dont les dangers ont pourtant été dénoncés en Grande-Bretagne et au Canada) ; à l’opposé, ces mêmes spécialistes rejettent ou diabolisent le DIU (dispositif intra-utérin, terme préférable à celui, menaçant, de « stérilet ») et ignorent les implants contraceptifs – ce qui ne les empêche pas de clamer haut et fort qu’eux seuls répondent aux besoins des femmes.

Saviez-vous, par exemple, que la traditionnelle semaine d’arrêt de la pilule entre deux plaquettes favorise les grossesses accidentelles en cas d’oubli d’un des premiers comprimés de la plaquette suivante ?

« Pas de pilule aux adolescentes qui fument ! » Faux !
« Pas de stérilet aux femmes sans enfant : cela provoque des infections ! » Faux !
« L’implant contraceptif ? On manque de recul ! » Faux !

Qui paie, au prix fort, l’ignorance criminelle des médecins français ? La réponse en chiffres : alors qu’on a déclaré en France 595 nouveaux cas d’infection par le VIH entre janvier et juin 2003, et 4 000 cas de sida en 2002, on recense chaque année 350 000 grossesses non désirées et 220 000 IVG, dont 10 000 chez des mineures. Pour des centaines de milliers de citoyennes, une information solide et la prescription adaptée de toutes les méthodes contraceptives sont au moins aussi prioritaires que la prévention du sida.